Mardi 18 mars 2008

L'AVENTURE CONTINUE...


Devant elle, un décor insolite : un piano, un orgue et un poster avantageux de J.S. BACH.

La gamine s’installe au piano, tandis que le chauffeur la rejoint. «  Pour commencer les cinq doigts de SZERNY s’il te plaît ». Et l’élève de s’exécuter avec application. La journée de Pierre NICOLAS, Professeur de musique, «  chauffeur routier » et père du «  Musicobus » vient de débuter.

«  LA MUSIQUE IRA A EUX ! »

L’idée est originale, généreuse et assurément digne d’encouragement. Elle est née du constat suivant : dans les campagnes, faute de Conservatoires en nombre suffisant, apprendre le piano tient du tour de force. Leurs prix et l’éloignement des points de vente n’est pas là pour arranger les choses. «  Les jeunes ne peuvent pas venir à la musique ? Et bien la musique ira à eux ! » s’est écrié voici deux ans Pierre NICOLAS, un Professeur de piano établi à Chaillac depuis sept ans.

«  Louer des salles dans les petites communes et louer en sus des instruments pour les équiper
auraient été une solution trop onéreuse », explique notre chauffeur musicien. «  J’ai donc opté pour un équipement ambulant ». Ainsi est né le « Musicobus » qui est au cours de piano ce qu’est le bibliobus à la lecture.

CINQ COMMUNES DESSERVIES

Avec un brave camion acheté d’occasion, je suis souvent obligé de réaccorder le piano. Notre Professeur itinérant parcourt quotidiennement les routes sinueuses du Berry Sud. Cinq communes sont pour l’instant desservies : Chatillon, le Blanc, Saint Sulpice, Saint Gaultier, et Prissac.

« Les gens sont parfois intrigués quand ils me voient arriver avec mon engin, commente Pierre NICOLAS.

Il faut du temps pour imposer une nouveauté dans le monde rural. Mais une fois les premières appréhensions évanouies, tout se passe bien ».

L’expérience a montré en effet que prendre des cours de piano dans un « 3 tonnes » n’a rien de farfellu. Oh, bien sûr, le local n’est pas bien grand 10 m2, mais la pratique n’en pâtit pas car la discipline règne.
« J’insiste sur la qualité du travail en proposant notamment une méthode de mon cru, adaptée aux capacités des plus jeunes ». Ce qui n’exclut pas les adultes puisque nombre de parents ont suivi depuis deux ans les traces de leur progéniture.

PEU RENTABLE

Le bât blesse par contre du côté des finances. Les frais d’essence, l’entretien du camion, le nombre somme toute assez modeste d’élèves font que le mensuel demandé par tête de pipe menace la rentabilité du service. « J’envisage à ce jour deux solutions pour pérenniser le Musicobus ». La première serait de s’entendre avec d’autres Professeurs du département pour mettre sur les routes de nouveaux camions équipés d’autres instruments de musique. Il y a de la demande pour des cours d’accordéon, de guitare, etc, la quantité des prestations améliorerait je pense la rentabilité.

Seconde solution : réussir à me faire soutenir financièrement par une entreprise privée, d’instruments de musique ou autres, ou bien encore
par un organisme public. Malheureusement, pour l’instant, et ce malgré la bonne vingtaine de lettres envoyées à droite et à gauche, le Musicobus ne voit rien venir. Apporter la culture dans les endroits reculés est pourtant une bien belle initiative. N’est ce pas Messieurs les élus, n’est ce pas Messieurs les Sponsors…

Et c’est alors que l’importante médiatisation du Musicobus de l’Indre se déclenche.

Le 20 février 1989, je passe à la radio RBS à Châteauroux, et la radio Fun Radio, pour raconter l’histoire et la galère du Musicobus, K7 en main.

Le 8 mars 1989, je fais un reportage pour FR 3 Orléans, VHS à l’INA, ou celui ci passe sur la chaîne le 13 mars 1989. Ce reportage passe une deuxième fois sur la chaîne le 14 mars 1989, puis une troisième fois le 15 mars 1989.

Ensuite le 2 avril 1989, un article passe dans le journal Centre France le Berry avec :
LE MUSICOBUS : LA METHODE ROSE A LA CAMPAGNE
Le bibliobus, tout le monde connaît, c’est une bibliothèque ambulante qui permet aux communes les plus rurales d’avoir accès aux trésors de la littérature ou plus simplement au polar et à la bande dessinée. Mais le « Musicobus ? ».

Eh bien, c’est un peu la même chose pour la musique. Avec quand même quelques différences de première grandeur. La première, c’est qu’il n’en existe qu’un, et que c’est dans l’Indre. La seconde, c’est que c’est le résultat d’une initiative privée et que cette initiative ne bénéficie pas du moindre argent public.

Pierre NICOLAS est musicien. Il a fait ses études à la Schola Cantorum, harmonie, fugue, contrepoint, plus une solide formation de pianiste. Il a ensuite travaillé dans les studios parisiens le show-bizz. C’était à l’époque du yé – yé finissant. Tous les matins, il fallait trouver un nouveau petit génie. Pour dire les choses comme elles sont, c’est nous qui les fabriquions. Derrière la pacotille, il y avait le travail sérieux : c’était nous ; un travail de «  nègres », pas
du tout considéré. J’en ai eu marre. J’ai décidé de quitter Paris.

BOUCHE A OREILLE

Direction : le Berry. Un peu par hasard, parce que les maisons y sont moins chères qu’ailleurs. «  Et puis je suis Bourguignon d’origine, les collines boisées, ça me va bien ». Avec sa compagne Yveline, musicienne elle aussi, il s’installe à Chaillac. Encore en contact, pour harmonisations et arrangements, avec les studios parisiens, mais avec la ferme intention de trouver des solutions plus locales.

«  Nous avons commencé à donner quelques leçons pour une association du Blanc. Et puis le bouche à oreille a fonctionné et on nous a demandé ailleurs ; des associations familiales ou culturelles, dans des petits bourgs, parfois très loin. Ce n’était pas évident. Et très vite la solution s’est imposée à nous : un salon de musique ambulant ».

Pierre NICOLAS et Yveline ont donc trouvé un camion. Ils l’ont aménagé, meublé d’un piano, d’un orgue électrique, de quelques partitions et posters de musiciens célèbres et pris la route.
Aujourd’hui, ils ont une cinquantaine d’élèves, dans une zone qui va de Châtillon sur Indre à Saint Gaultier, et qui déborde même au sud sur le Limousin : une demi douzaine d’élèves dans le canton de Saint Sulpice les Feuilles ( Haute Vienne ) Ce qui représente quand même une bonne centaine de kilomètres du nord au sud. Et de sérieux problèmes d’intendance :

«  Nous demandons une somme dérisoire par élève et par mois, ce qui met l’heure de cours hebdomadaire à soixante francs. Le moins qu’on puisse dire est que ce n’est pas excessif. Mais les campagnes berrichonnes ne sont pas riches ».

Pour ce prix, un enseignement haut de gamme. Pierre NICOLAS est l’inventeur d’une méthode pédagogique particulière, et ses conseils à lui. Cela permet des progrès rapides et séduisant pour les élèves.

CONSERVATOIRE AMBULANT

Ce petit conservatoire ambulant en est encore au stade de l’artisanat précaire. Son problème, c’est de
passer au stade de l’institution. «  Sans concession sur la qualité de l’enseignement, il n’y a aucune raison de servir n’importe quoi aux enfants sous prétexte qu’ils vivent à la campagne ».

Pour vraiment vivre de leur travail, estiment Pierre NICOLAS et Yveline, il leur faudrait arriver à soixante dix élèves. Et élargir leur régistre : les enfants des écoles ne peuvent suivre leurs cours que tard dans l’après midi, le mercredi et le samedi. Et la demande est forte pour l’apprentissage de plusieurs autres instruments, la guitare et l’accordéon. Notamment de la part d’adultes et même de gens du troisième âge qui peuvent être séduits par la rapidité d’apprentissage que permet l’électronique. « Il ne s’agit pas pour eux de devenir des virtuoses, mais de découvrir le plaisir de jouer ».

C’est un problème de moyens. Et, bien que le couple NICOLAS répugne visiblement à en parler, un problème d’intendance.

De « Sponsoring », comme on dit maintenant. Le « MUSICOBUS » offre un service qui relève à l’évidence du service public. « Nous avons le
sentiment de nous être impliqués dans une initiative qui pourrait être généralisée ». Le problème est de savoir par quel canal. Associatif ? Municipal ? Départemental ? Peut être le tout à la fois ?

Signature : Georges CHATAIN

Le 12 avril 1989, passage du Musicobus sur FR3.

Le 13 avril 1989, un article passe dans le journal La Marseillaise du Berry avec :

BALADINS DE LA CULTURE

LE MUSICOBUS ENTRE BERRY ET LIMOUSIN

Que ce soit le peintre ou le musicien, tous sont en quelque sorte des baladins de la culture.

Saint Sulpice les Feuilles, Haute Vienne, un petit groupe d’enfants et d’adolescents se rassemble place de la Mairie. C’est l’heure de la leçon de musique. Une école de musique à Saint Sulpice ? Dans cette bande, entre Limousin et Berry, que grignote d’année en année la désertification. Eh oui : une école itinérante, le « Musicobus » de Pierre NICOLAS.

Dans leur camion aménagé par eux mêmes, un piano, un orgue électrique, une table de travail, quelques posters de musiciens célèbres.

Chaque semaine, de leur domicile de Chaillac, où ils habitent depuis qu’ils ont quitté Paris, où Pierre NICOLAS était musicien de studio et arrangeur ( le show-business, je ne supportais plus ) ils prennent la route, pour retrouver leurs élèves. Les plus au sud sont donc en Limousin, Saint Sulpice les Feuilles, les Grands Chézeaux, les plus au nord à Châtillon sur Indre, à la frontière de la Touraine. Une cinquantaine d’élèves au total. «  Pour que le Musicobus arrive à sa pleine utilité, il en faudrait soixante dix ». Pour amener le camion dans un village, il faudrait y avoir six élèves. Mais Pierre et Yveline se déplacent à partir de trois demandes au même lieu : «  Il faut bien amorcer ». L’amorce se fait par bouche à oreille, ça vient peu à peu. Car malgré le côté saltimbanque de leur affaire, ce sont des musiciens chevronnés. Pierre NICOLAS a fait ses études musicales à la Schola Cantorum – Un sommet – il a

Par Irène DEFOUGERES
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Vendredi 22 février 2008

                            Bonjour tout le monde....

plus vite, car le Maire de la commune a besoin de celle ci d’urgence. Il me fait aussi sous entendre qu’étant donné que je n’habite pas le Blanc, qu’il est difficile pour moi de donner des cours. C’est un coup de poignard dans la poitrine, que je reçois. Ce qui me prouve encore que je ne suis pas acceptée dans la région, et que le besoin de récupérer la salle du presbytère, était sans fondement.

Je dois recommencer de nouveau à chercher un local, car je ne peux pas abandonner mes élèves. Ce sont encore des parents d’élèves, qui me présentent un propriétaire, qui a un appartement à louer dans le centre du Blanc. Naturellement, tous ces changements, location, déménagement, assurance, ne sont pas sans dépense.

Décidément, dans ce Berry, c’est toujours la galère.

A cette époque, je n’ai encore que très peu d’élève,et les prix sont très très très bas, rien à voir avec la ville. Et je ne peux pas compter organiser un spectacle dans la salle des fêtes du Blanc, pour me faire un peu de publicité, puisque la salle des fêtes du

Blanc, est réservée aux habitants du Blanc.

Je n’y pense même pas. Malgré tout, je dois m’étendre dans le département, pour pouvoir vivre, car les communes sont trop petites, pour pouvoir rester dans une seule.

En 1986, tout en continuant avec les élèves de Chaillac et du Blanc, je propose malgré tout à ma commune un autre spectacle au profit du scanner de Châteauroux. J’organise mon spectacle, ou la deuxième partie est consacrée à la danse, avec un Professeur de danse d’Argenton sur creuse. De nouveaux décors sont en cours, dont un consiste en un grand panneau rond en polystirène, ou sont gravées à la pyrogravure, des notes de musique à la forme carrée. Une clé de sol, est également faite à la pyrogravure dans le polystirène, qui orne le côté du piano.

Pierre NICOLAS dessine également une danseuse grandeur nature en carton dur et peinte, pour la Professeur de danse, afin de donner un peu de relief à son spectacle, qui me semble à moi, un peu dépourvu de joie visuelle. Je dois dire que ce

Professeur n’a jamais accepté ce décor. Pourquoi ! je n’en sais rien. Pierre NICOLAS a donc lui même accroché la danseuse, au fond de la scène, derrière ses élèves.

A la suite de ce spectacle, un article passe dans la Nouvelle République du centre.

 

« SPECTACLE POUR LE SCANNER A CHAILLAC »

Pour sa deuxième représentation publique, Monsieur et Madame NICOLAS confirme son succès grandissant. Des enfants de 6 à 15 ans venant du Blanc, Saint Benoît du Sault, Prissac, Saint Sulpice les Feuilles et Chaillac ont tout fait pour que ce spectacle soit une réussite.

Spectacle en deux tableaux avec danses classiques et modernes, d’un Professeur de danse d’Argenton sur Creuse, danses mélangées dans le premier tableau que présentait plaisamment un animateur, attentif à tout ce petit monde. Le ballet se termina par un morceau de musique interprété sur deux pianos, par Katy et Nadège, «  les complices sisters », qususcitèrent un déferlement d’applaudissements.

La deuxième partie était du style cow-boy en passant par les corons à l’orgue, et terminant par un jazz-band qu’animait le groupe «  Vidéo Smashing ».

Le Maire de Chaillac, clôtura le spectacle par une brève allocution, félicita et encouragea cette initiative de brassage d’enfants des communes voisines ou éloignées, les remercia de leur participation et les invita à recommencer l’année prochaine.

Ce spectacle a eu lieu grâce aux donateurs bénévoles, qui ont aidé Monsieur et Madame NICOLAS , responsables de la lutte contre le cancer ».

Je suis heureuse d’avoir apporté dix mille francs, pour le scanner de Châteauroux, dans une petite commune comme Chaillac.

Lorsqu’il s’agit d’un spectacle qui est organisé pour une œuvre, il y a toujours énormément de personnes, qui se déplacent, et les dirigeants de la commune

sont contents, et ne pensent plus à ce moment là, que la musique classique n’est pas pour les enfants du Berry, et que le mélange des enfants de plusieurs communes n’est pas accepté.       

Ensuite, le Maire de Prissac, une autre commune de

l’Indre, me prête une salle et un piano, pour donner des cours de musique à quelques élèves, qui se sont déjà inscrits à la Mairie.

Petit à petit, je m’étends dans d’autres petites communes, à des distances assez éloignées les unes des autres. Mais à chaque fois, je rencontre de nouvelles difficultés. Comme cet exemple, à la Mairie de Saint Gaultier. Encore vétuste à cette époque, je me retrouve donc dans une petite salle, au sol défoncé, sur lequel j’ai eu beaucoup de problèmes à trouver une place stable, pour y installer un piano. Un piano qui ne m’a pas été prêté, que j’aie dû louer, et prendre une assurance. En comptant la location de piano, et les assurances dans chaque commune, je ne peux survivre, étant donné le faible coût des cours de musique en province. Trop de frais

pour le nombre d’élèves recueillis. Le Berry n’est décidément pas culturel. Je dois trouver une autre solution. Que dois je faire ? Que peut on faire dans un endroit pareil ? Je réfléchis. Je dois supprimer la location de piano, me déplacer vers les élèves, étant donné que les parents ne se déplacent pas, enfin supprimer les frais au maximum. Comment faire ? De toute évidence, toutes les communes ne m’accepte pas. A Argenton sur Creuse par exemple, le Maire de cette commune refuse même ma présence, et ne désire absolument pas que je m’installe une heure ou deux par semaine, de peur de faire du tort à son association de musique. Rien à voir cependant avec mes cours de musique. En tous cas, ce Maire a eu beaucoup de courage, pour m’envoyer son refus par lettre. Je ne dois pas non plus donner des cours à domicile, les distances sont trop éloignées, le temps est compté, la rentabilité non fiable. Je ne dois pas sombrer, je dois lutter et persévérer. Et tout en cherchant, je continue les cours avec les élèves du Blanc, de Lignac, de Prissac, et de Saint Gaultier.

Puis un jour, Pierre NICOLAS me regarde fixement, et s’écrie : «  Je crois que j’aie trouvé » Un camion aménagé pour la circonstance, avec une marque appropriée. Et c’est alors que le «  MUSICOBUS » de Pierre NICOLAS est né en 1986.

Je trouve facilement un crédit pour ce camion de déménagement que j’aménage doucement, afin qu’il soit accueillant. Puis je dépose la marque à l’INPI. Je suis contente d’apporter aux enfants du monde rural, une culture qu’ils ne trouvent pas encore dans les écoles de musique de province. Tout le monde est heureux de cette idée, et moi aussi. Mais je dois dire, que je suis un peu poussée par les évènements, car la galère existe toujours dans le Berry.

Je commence donc à donner mes cours dans un camion, qui n’est pas encore aménagé entièrement. Il y a à l’intérieur, qu’un tableau blanc, le piano que mon père m’a offert, et un poster de J.S. BACH . C’est alors que je parcours les petites routes de province, et que je stationne sur les places de village. Stationnement et endroits autorisés par le Maire évidemment.

C’est avec ce véhicule qu’en 1987, j’organise la fête de la musique, en parcourant cinq cents kilomètres dans la journée. Les enfants jouent sur les places des villages, ils sont enchantés, ils sont heureux de leur petit voyage.

En 1988, j’organise un spectacle à Prissac, avec l’aide des parents d’élèves. Toujours un spectacle bénévole naturellement. La scène se présente en salon, ou les différents objets sont apportés par les parents. Une partie moderne avec lampadaire, croissant de lune, cafetière, et plantes vertes, ornent le décor. Les enfants sont toujours habillés et maquillés, selon la partie représentée. Les filles sont heureuses dans leur robe en soie, et les garçons les admirent.

Entre mes parcours, je continue à aménager mon véhicule, en l’isolant d’une moquette murale, je le décore de posters de musiciens notoires, et je transforme le courant de l’orgue et de l’intérieur en 22O V, plus une aération pour l’été, et un chauffage pour l’hiver. Les photos des spectacles parsèment

aussi les murs de ce Musicobus. Et c’est en parcourant quotidiennement les routes sinueuses du Berry Sud, que je me fais une petite clientèle.

Et c’est en 1989, que je dois le premier petit coup de pouce, à un Journaliste de la Nouvelle République du centre, Monsieur Michel DIVET, qui est à la recherche d’une originalité, lorsqu’il me fait un grand portrait dans son journal, le 20 février 1989.

LE LAGARDERE DE LA CLE DE SOL

Après le « bibliobus » . le «  Musicobus ». Ou comment dans le Berry Sud un homme lutte seul pour apporter la culture à tous. Le camion vient de s’immobiliser derrière la Mairie de Saint Gaultier. Il est 13 h, l’heure de la leçon de piano hebdomadaire pour Aline. Le chauffeur du camion descend de sa cabine et salue la fillette et sa maman qui l’attendaient, puis, sans perdre de temps, se dirige vers l’arrière du véhicule, en ouvre les portes avant de déplier un petit escalier. Aline grimpe ce dernier prestement, son cartable sous le bras.

 

                                                                                                         A    bientot .....                          
Par Irène DEFOUGERES
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Jeudi 7 février 2008

d’autres musiques, sans oublier toutefois, que cet endroit, si je veux y rester, je dois trouver une solution à mon problème de survie. Je cherche, je cherche, et je lutte contre les nuits froides, le vent qui souffle sous la tuile, la pluie qui frappe les endroits encore mal obstrués, et la fraîcheur qui me fait frissonner. Les premiers jours d’octobre, sont de plus en plus difficiles à supporter, malgré les quelques éclaircies de la journée, qui viennent réchauffer mon corps. L’inspiration est délicate, dans de telles conditions de vie, dont l’intimité d’un intérieur douillet n’existe pas encore. Heureusement, ce feu de bois, qui brûle dans cette vaste cheminée berrichonne, me réchauffe le cœur, et me fait écrire : « La barque folle  ». En 1984, dans cette petite commune de 1200 habitants, ou tout le monde s’ignore, mais tout le monde se connaît, une association me demande, si je veux enseigner quelques cours de musique et solfège, à quelques élèves de la commune de Chaillac.

                                                                         

 

Après réflexion,j’accepte, sans savoir un seul instant, que les Professeurs de musique dans l’Indre, ne sont pas considérés comme tels. Mes honoraires ne sont que de vingt francs mensuel. Bien vite, je me rends compte, que les méthodes de piano traditionnelles utilisées sont beaucoup trop rapides, pour des enfants, qui n’ont jamais appris la musique. Et c’est en 1984,que la première méthode de piano progressive, de Pierre NICOLAS Compositeur de musique est née, et qui s’intitule toujours «  Deux notes en plus  ». Celle ci est déposée au SNAC la même année. Et très utile ensuite pour les adultes débutants. Toujours en 1984, Pierre NICOLAS Professeur de musique, organise un petit spectacle pour Noël, avec les enfants de l’école de Chaillac, en présence du Maire de la commune.

Une année s’écoule. Les difficultés grandissantes sont toujours là. L’année suivante, en 1985, Pierre NICOLAS décide de réaliser un second spectacle, et c’est à ce moment là, que tout devient décidément compliqué.  Je  m’aperçois  que   je  ne   connais pas

 

encore cette partie du Berry, encore sous développée à cette époque, de vingt ans au moins, derrière la Sologne, et qui amoindrit mon esprit, comme si je perdais d’un seul coup, les connaissances que j’avais acquise durant toutes ces années. Tout devient compliqué, car ce spectacle bénévole se prépare, s’organise, se travaille avec les enfants. Je passe des heures et des heures à mettre en place une mise en scène, dont mon idée est de réaliser une partie classique, et une partie moderne. La passion tout simplement. Les filles sont maquillées, et habillées de robes longues, et les garçons sont vêtus de costumes noirs, nœud papillon, et coiffés d’un chapeau. Dans la partie classique, je fabrique les décors grandeur nature, pour la cheminée en carton et peinture crépis, ornée d’un plat en étain. Sur la scène, un piano électrique, transformé en clavecin, et dont l’ensemble de la scène est parsemé de table, de fauteuils, et de bougeoirs. Dans la partie moderne, les filles et les garçons sont en pantalon, chemise, casquette blanche et foulard rouge. Le décor de plus

de deux mètres de haut en papier, représente une ville entière, que Pierre NICOLAS dessine à la main, et qu’il peint en relief. Dans le bas de ce décor se trouve une barrière en bois, qu’il dessine également à la main, et qu’il peint en relief. Ce décor donne vraiment l’impression, que les enfants jouent dans la rue, devant un réverbère, également fabriqué en carton dur et peint. Au loin le ciel bleu charme la scène. Mais pour que mon spectacle soit parfait, il me faut beaucoup d’enfants, et je n’en ai pas assez à Chaillac pour réussir celui-ci. Je décide donc de mêler aux enfants de Chaillac, ceux d’une autre commune appelée « Le Blanc ». C’est avec ma propre publicité, plutôt dérisoire, étant donné que les interdictions d’affichage sont nombreuses dans la région, que je recueille quelques élèves dans cette commune, qui se situe à trente cinq kilomètres. Mais ce n’est pas l’organisation d’un spectacle, que je trouve le plus compliqué, c’est le fait qu’après toutes ces heures de travail, de jour comme de nuit, l’on me refuse les enfants d’une autre commune. Je ne

m’attendais vraiment pas à cela. Je me bats auprès des dirigeants de ma commune, pour ne pas que mon spectacle soit annulé. Enfin, le spectacle, ce spectacle bénévole se déroule normalement, rapporte quelques francs à la commune, et moi ne me rapporte même pas une crêpe, ou un verre de cidre. Je suis contente tout de même de faire plaisir aux enfants, et de leur apporter beaucoup de bonheur, de souvenirs, et de photos.

A la suite de ce spectacle, un article passe dans la Nouvelle République du centre, le 17 Novembre 1985. 

« A l’initiative de Monsieur et Madame NICOLAS, un spectacle de variétés animé par les enfants avait lieu récemment à la salle des fêtes.

Ils ont entre 6 et 15 ans, ils viennent du Blanc, de Prissac, et de Chaillac, ils aiment ce qu’ils font à tel point qu’ils sont prêts à présenter leur spectacle dans toutes les communes qui en feraient la demande. 

Elégantes, gracieuses dans leurs premières robes longues, toutes émues de jouer devant un public très attentif et dans un décor merveilleux où le décorateur sut trouver d’ingénieuses astuces afin de recréer une scène d’intérieur représentant un salon de la période romantique ou la musique dite classique recréa l’ambiance de cette époque à merveille, le tout accompagné de jeux subtils de lumière.

En deuxième partie, le décor représente une scène de rue aux alentours d’une ville d’Amérique à la lisière d’un terrain vague, ici la musique passe du style cow-boy à la panthère rose, en terminant par un style jazz-band qu’animait le groupe vidéo smashing, dont le public chauffé scandait en tapant des mains, le rythme des morceaux interprêtés  » .

Un peu plus tard, je reçois une invitation de la Mairie, afin de participer à la réunion communale annuelle. Je m’y rends. Je rencontre des personnes, que je ne connais pas. Surtout des Eleveurs. Des Eleveurs et des Artisans, qui sont des acolytes du 

Maire. Au cours du dialogue, le Maire remet une médaille, du mérite sans doute, à une femme, Professeur de musique à Chaillac, degré élémentaire, qu’il a été chercher dans la Haute - Vienne. Et tout en parlant de musique, il lance une phrase comme :

« La musique classique n’est pas pour les enfants du Berry » et le spectacle était trop grandiose à son goût. Cette phrase me blesse profondément.

Décidément, dans ce Berry, c’est toujours la galère.

Il est clair que depuis 1980, la commune ne veut pas me voir chez eux. Apparemment, je dérange déjà, et je n’ai rien fait que mon métier. Je ne comprends pas pourquoi. J’oublie, je ne suis pas Berrichonne.

Maintenant, je dois assurer les cours des quelques élèves de la commune du Blanc. Avec l’aide de quelques parents d’élèves, je fais la connaissance d’un prêtre, qui me fait le plaisir de me prêter une pièce, qui ne sert à rien, située dans le presbytère pour pratiquer la musique.

D’un autre côté, mon père m’offre un piano, pour consacrer le tout. Doucement, j’aménage la pièce, 

afin de la rendre agréable et accueillante pour tout le monde. En même temps, je continue ma publicité, avec les moyens du bord, en agençant et frappant les textes sur l’ordinateur. En ce qui concerne la distribution, c’est encore compliqué en province. Interdiction d’affichage, les commerçants acceptent une publicité dans leur vitrine, ou n’acceptent pas. Selon si vous êtes une cliente ou non. Mais de toute façon, elle est toujours de courte durée. Je dois dire que toutes publicités, que ce soit la distribution dans les magasins, dans les caddies, par la poste, dans les annuaires, ou les encarts publicitaires dans les annuaires également, ce ne sont pas les publicités les plus efficaces. La publicité qui fonctionne le mieux, c’est le bouche à oreille, puisque tout le monde se connaît, parlent du Professeur, du suivi, de la qualité de son travail, et du résultat escompté. Naturellement, dans ce sens, la clientèle n’est pas rapide, je dois être patiente, très patiente.

Un peu plus tard, peut être quelques mois plus tard, le prêtre m’annonce que je dois quitter la pièce au

 

Par Irène DEFOUGERES
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Vendredi 1 février 2008
                    En 1980, toujours passionnée de littérature, membre de la SACEM depuis 1967, passionnée de musique, de chant, et plus tard de composition, je suis une battante depuis 1955, mais ce n’est parfois pas suffisant, puisque nous sommes toujours tributaire de quelqu’un. Pendant toutes ces années, j’écris de nombreux manuscrits, de nombreuses poésies, de nombreuses chansons, et je suis également des études de piano, et de chant. Aujourd’hui, au 21ème siècle, j’ai toujours mes centaines de pages noircies, qui se reposent dans mes tiroirs. Et lorsque mon regard, vient se poser sur ce monticule de courriers d’Editeurs de Paris, et de province, je suis dégoûtée, écoeurée, désespérée, de savoir que j’aie passé toutes ces années de travail, de relevé de notes, de recherche, sans m’apercevoir, et sans comprendre une seule seconde, que chaque profession sur cette planète, n’est qu’un calvaire, qu’une galère pour certains, et une facilité pour d’autres. Le choix n’existe pas.                                                                                                                                                                                    
                    
                                                                                             
                                                                                                                                                                                 
                                            
Que je sois diplômée ou non, que j’aie du talent ou non, que j’aie du savoir faire ou non, que je sois jeune ou vieille, rien de tout ceci existe, et ne sert sur notre planète.
Et c’est dans un déboire profond, très profond, que je me saisie d’une bassine en fer, et que j’y jette toutes ces lettres, avant d’y mettre le feu.
Une vaste fumée noire se répand dans la pièce, caresse le plafond, je la regarde sans réagir, seule, très seule, les yeux hagards, et la tête vide, très vide, juste un petit regret toutefois, sans trop savoir pourquoi. Ce regret, qui me décide à vendre mon appartement de Paris, pour aller vivre à la campagne.
Mauvais choix me diront certains, pour cette campagne, cette France profonde, qui se trouve dans le Berry. Mais le relief m’attire, un endroit exemplaire, pour fuir ce monde insaisissable, ce monde impossible. La nature me fait ignorer le reste du monde, sans me rendre compte, que je vais rencontrer ici, un autre monde impossible surtout lorsqu’une passion est viscérale, elle ne s’arrête jamais. Cet endroit m’inspire vers d’autres paroles,
Par Irène DEFOUGERES
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