Jeudi 7 février 2008

d’autres musiques, sans oublier toutefois, que cet endroit, si je veux y rester, je dois trouver une solution à mon problème de survie. Je cherche, je cherche, et je lutte contre les nuits froides, le vent qui souffle sous la tuile, la pluie qui frappe les endroits encore mal obstrués, et la fraîcheur qui me fait frissonner. Les premiers jours d’octobre, sont de plus en plus difficiles à supporter, malgré les quelques éclaircies de la journée, qui viennent réchauffer mon corps. L’inspiration est délicate, dans de telles conditions de vie, dont l’intimité d’un intérieur douillet n’existe pas encore. Heureusement, ce feu de bois, qui brûle dans cette vaste cheminée berrichonne, me réchauffe le cœur, et me fait écrire : « La barque folle  ». En 1984, dans cette petite commune de 1200 habitants, ou tout le monde s’ignore, mais tout le monde se connaît, une association me demande, si je veux enseigner quelques cours de musique et solfège, à quelques élèves de la commune de Chaillac.

                                                                         

 

Après réflexion,j’accepte, sans savoir un seul instant, que les Professeurs de musique dans l’Indre, ne sont pas considérés comme tels. Mes honoraires ne sont que de vingt francs mensuel. Bien vite, je me rends compte, que les méthodes de piano traditionnelles utilisées sont beaucoup trop rapides, pour des enfants, qui n’ont jamais appris la musique. Et c’est en 1984,que la première méthode de piano progressive, de Pierre NICOLAS Compositeur de musique est née, et qui s’intitule toujours «  Deux notes en plus  ». Celle ci est déposée au SNAC la même année. Et très utile ensuite pour les adultes débutants. Toujours en 1984, Pierre NICOLAS Professeur de musique, organise un petit spectacle pour Noël, avec les enfants de l’école de Chaillac, en présence du Maire de la commune.

Une année s’écoule. Les difficultés grandissantes sont toujours là. L’année suivante, en 1985, Pierre NICOLAS décide de réaliser un second spectacle, et c’est à ce moment là, que tout devient décidément compliqué.  Je  m’aperçois  que   je  ne   connais pas

 

encore cette partie du Berry, encore sous développée à cette époque, de vingt ans au moins, derrière la Sologne, et qui amoindrit mon esprit, comme si je perdais d’un seul coup, les connaissances que j’avais acquise durant toutes ces années. Tout devient compliqué, car ce spectacle bénévole se prépare, s’organise, se travaille avec les enfants. Je passe des heures et des heures à mettre en place une mise en scène, dont mon idée est de réaliser une partie classique, et une partie moderne. La passion tout simplement. Les filles sont maquillées, et habillées de robes longues, et les garçons sont vêtus de costumes noirs, nœud papillon, et coiffés d’un chapeau. Dans la partie classique, je fabrique les décors grandeur nature, pour la cheminée en carton et peinture crépis, ornée d’un plat en étain. Sur la scène, un piano électrique, transformé en clavecin, et dont l’ensemble de la scène est parsemé de table, de fauteuils, et de bougeoirs. Dans la partie moderne, les filles et les garçons sont en pantalon, chemise, casquette blanche et foulard rouge. Le décor de plus

de deux mètres de haut en papier, représente une ville entière, que Pierre NICOLAS dessine à la main, et qu’il peint en relief. Dans le bas de ce décor se trouve une barrière en bois, qu’il dessine également à la main, et qu’il peint en relief. Ce décor donne vraiment l’impression, que les enfants jouent dans la rue, devant un réverbère, également fabriqué en carton dur et peint. Au loin le ciel bleu charme la scène. Mais pour que mon spectacle soit parfait, il me faut beaucoup d’enfants, et je n’en ai pas assez à Chaillac pour réussir celui-ci. Je décide donc de mêler aux enfants de Chaillac, ceux d’une autre commune appelée « Le Blanc ». C’est avec ma propre publicité, plutôt dérisoire, étant donné que les interdictions d’affichage sont nombreuses dans la région, que je recueille quelques élèves dans cette commune, qui se situe à trente cinq kilomètres. Mais ce n’est pas l’organisation d’un spectacle, que je trouve le plus compliqué, c’est le fait qu’après toutes ces heures de travail, de jour comme de nuit, l’on me refuse les enfants d’une autre commune. Je ne

m’attendais vraiment pas à cela. Je me bats auprès des dirigeants de ma commune, pour ne pas que mon spectacle soit annulé. Enfin, le spectacle, ce spectacle bénévole se déroule normalement, rapporte quelques francs à la commune, et moi ne me rapporte même pas une crêpe, ou un verre de cidre. Je suis contente tout de même de faire plaisir aux enfants, et de leur apporter beaucoup de bonheur, de souvenirs, et de photos.

A la suite de ce spectacle, un article passe dans la Nouvelle République du centre, le 17 Novembre 1985. 

« A l’initiative de Monsieur et Madame NICOLAS, un spectacle de variétés animé par les enfants avait lieu récemment à la salle des fêtes.

Ils ont entre 6 et 15 ans, ils viennent du Blanc, de Prissac, et de Chaillac, ils aiment ce qu’ils font à tel point qu’ils sont prêts à présenter leur spectacle dans toutes les communes qui en feraient la demande. 

Elégantes, gracieuses dans leurs premières robes longues, toutes émues de jouer devant un public très attentif et dans un décor merveilleux où le décorateur sut trouver d’ingénieuses astuces afin de recréer une scène d’intérieur représentant un salon de la période romantique ou la musique dite classique recréa l’ambiance de cette époque à merveille, le tout accompagné de jeux subtils de lumière.

En deuxième partie, le décor représente une scène de rue aux alentours d’une ville d’Amérique à la lisière d’un terrain vague, ici la musique passe du style cow-boy à la panthère rose, en terminant par un style jazz-band qu’animait le groupe vidéo smashing, dont le public chauffé scandait en tapant des mains, le rythme des morceaux interprêtés  » .

Un peu plus tard, je reçois une invitation de la Mairie, afin de participer à la réunion communale annuelle. Je m’y rends. Je rencontre des personnes, que je ne connais pas. Surtout des Eleveurs. Des Eleveurs et des Artisans, qui sont des acolytes du 

Maire. Au cours du dialogue, le Maire remet une médaille, du mérite sans doute, à une femme, Professeur de musique à Chaillac, degré élémentaire, qu’il a été chercher dans la Haute - Vienne. Et tout en parlant de musique, il lance une phrase comme :

« La musique classique n’est pas pour les enfants du Berry » et le spectacle était trop grandiose à son goût. Cette phrase me blesse profondément.

Décidément, dans ce Berry, c’est toujours la galère.

Il est clair que depuis 1980, la commune ne veut pas me voir chez eux. Apparemment, je dérange déjà, et je n’ai rien fait que mon métier. Je ne comprends pas pourquoi. J’oublie, je ne suis pas Berrichonne.

Maintenant, je dois assurer les cours des quelques élèves de la commune du Blanc. Avec l’aide de quelques parents d’élèves, je fais la connaissance d’un prêtre, qui me fait le plaisir de me prêter une pièce, qui ne sert à rien, située dans le presbytère pour pratiquer la musique.

D’un autre côté, mon père m’offre un piano, pour consacrer le tout. Doucement, j’aménage la pièce, 

afin de la rendre agréable et accueillante pour tout le monde. En même temps, je continue ma publicité, avec les moyens du bord, en agençant et frappant les textes sur l’ordinateur. En ce qui concerne la distribution, c’est encore compliqué en province. Interdiction d’affichage, les commerçants acceptent une publicité dans leur vitrine, ou n’acceptent pas. Selon si vous êtes une cliente ou non. Mais de toute façon, elle est toujours de courte durée. Je dois dire que toutes publicités, que ce soit la distribution dans les magasins, dans les caddies, par la poste, dans les annuaires, ou les encarts publicitaires dans les annuaires également, ce ne sont pas les publicités les plus efficaces. La publicité qui fonctionne le mieux, c’est le bouche à oreille, puisque tout le monde se connaît, parlent du Professeur, du suivi, de la qualité de son travail, et du résultat escompté. Naturellement, dans ce sens, la clientèle n’est pas rapide, je dois être patiente, très patiente.

Un peu plus tard, peut être quelques mois plus tard, le prêtre m’annonce que je dois quitter la pièce au

 

Par Irène DEFOUGERES
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