L'AVENTURE CONTINUE...
Devant elle, un décor insolite : un piano, un orgue et un poster avantageux de J.S. BACH.La gamine s’installe au piano, tandis que le chauffeur la rejoint. « Pour commencer les cinq doigts de SZERNY s’il te plaît ». Et l’élève de s’exécuter avec application. La journée de Pierre NICOLAS, Professeur de musique, « chauffeur routier » et père du « Musicobus » vient de débuter.
« LA MUSIQUE IRA A EUX ! »
L’idée est originale, généreuse et assurément digne d’encouragement. Elle est née du constat suivant : dans les campagnes, faute de Conservatoires en nombre suffisant, apprendre le piano tient du tour de force. Leurs prix et l’éloignement des points de vente n’est pas là pour arranger les choses. « Les jeunes ne peuvent pas venir à la musique ? Et bien la musique ira à eux ! » s’est écrié voici deux ans Pierre NICOLAS, un Professeur de piano établi à Chaillac depuis sept ans.
« Louer des salles dans les petites communes et louer en sus des instruments pour les équiper
auraient été une solution trop onéreuse », explique notre chauffeur musicien. « J’ai donc opté pour un équipement ambulant ». Ainsi est né le « Musicobus » qui est au cours de piano ce qu’est le bibliobus à la lecture.CINQ COMMUNES DESSERVIES
Avec un brave camion acheté d’occasion, je suis souvent obligé de réaccorder le piano. Notre Professeur itinérant parcourt quotidiennement les routes sinueuses du Berry Sud. Cinq communes sont pour l’instant desservies : Chatillon, le Blanc, Saint Sulpice, Saint Gaultier, et Prissac.
« Les gens sont parfois intrigués quand ils me voient arriver avec mon engin, commente Pierre NICOLAS.
Il faut du temps pour imposer une nouveauté dans le monde rural. Mais une fois les premières appréhensions évanouies, tout se passe bien ».
L’expérience a montré en effet que prendre des cours de piano dans un « 3 tonnes » n’a rien de farfellu. Oh, bien sûr, le local n’est pas bien grand 10 m2, mais la pratique n’en pâtit pas car la discipline règne.
« J’insiste sur la qualité du travail en proposant notamment une méthode de mon cru, adaptée aux capacités des plus jeunes ». Ce qui n’exclut pas les adultes puisque nombre de parents ont suivi depuis deux ans les traces de leur progéniture.PEU RENTABLE
Le bât blesse par contre du côté des finances. Les frais d’essence, l’entretien du camion, le nombre somme toute assez modeste d’élèves font que le mensuel demandé par tête de pipe menace la rentabilité du service. « J’envisage à ce jour deux solutions pour pérenniser le Musicobus ». La première serait de s’entendre avec d’autres Professeurs du département pour mettre sur les routes de nouveaux camions équipés d’autres instruments de musique. Il y a de la demande pour des cours d’accordéon, de guitare, etc, la quantité des prestations améliorerait je pense la rentabilité.
Seconde solution : réussir à me faire soutenir financièrement par une entreprise privée, d’instruments de musique ou autres, ou bien encore
par un organisme public. Malheureusement, pour l’instant, et ce malgré la bonne vingtaine de lettres envoyées à droite et à gauche, le Musicobus ne voit rien venir. Apporter la culture dans les endroits reculés est pourtant une bien belle initiative. N’est ce pas Messieurs les élus, n’est ce pas Messieurs les Sponsors…Et c’est alors que l’importante médiatisation du Musicobus de l’Indre se déclenche.
Le 20 février 1989, je passe à la radio RBS à Châteauroux, et la radio Fun Radio, pour raconter l’histoire et la galère du Musicobus, K7 en main.
Le 8 mars 1989, je fais un reportage pour FR 3 Orléans, VHS à l’INA, ou celui ci passe sur la chaîne le 13 mars 1989. Ce reportage passe une deuxième fois sur la chaîne le 14 mars 1989, puis une troisième fois le 15 mars 1989.
Ensuite le 2 avril 1989, un article passe dans le journal Centre France le Berry avec :
LE MUSICOBUS : LA METHODE ROSE A LA CAMPAGNE
Le bibliobus, tout le monde connaît, c’est une bibliothèque ambulante qui permet aux communes les plus rurales d’avoir accès aux trésors de la littérature ou plus simplement au polar et à la bande dessinée. Mais le « Musicobus ? ».Eh bien, c’est un peu la même chose pour la musique. Avec quand même quelques différences de première grandeur. La première, c’est qu’il n’en existe qu’un, et que c’est dans l’Indre. La seconde, c’est que c’est le résultat d’une initiative privée et que cette initiative ne bénéficie pas du moindre argent public.
Pierre NICOLAS est musicien. Il a fait ses études à la Schola Cantorum, harmonie, fugue, contrepoint, plus une solide formation de pianiste. Il a ensuite travaillé dans les studios parisiens le show-bizz. C’était à l’époque du yé – yé finissant. Tous les matins, il fallait trouver un nouveau petit génie. Pour dire les choses comme elles sont, c’est nous qui les fabriquions. Derrière la pacotille, il y avait le travail sérieux : c’était nous ; un travail de « nègres », pas
du tout considéré. J’en ai eu marre. J’ai décidé de quitter Paris.BOUCHE A OREILLE
Direction : le Berry. Un peu par hasard, parce que les maisons y sont moins chères qu’ailleurs. « Et puis je suis Bourguignon d’origine, les collines boisées, ça me va bien ». Avec sa compagne Yveline, musicienne elle aussi, il s’installe à Chaillac. Encore en contact, pour harmonisations et arrangements, avec les studios parisiens, mais avec la ferme intention de trouver des solutions plus locales.
« Nous avons commencé à donner quelques leçons pour une association du Blanc. Et puis le bouche à oreille a fonctionné et on nous a demandé ailleurs ; des associations familiales ou culturelles, dans des petits bourgs, parfois très loin. Ce n’était pas évident. Et très vite la solution s’est imposée à nous : un salon de musique ambulant ».
Pierre NICOLAS et Yveline ont donc trouvé un camion. Ils l’ont aménagé, meublé d’un piano, d’un orgue électrique, de quelques partitions et posters de musiciens célèbres et pris la route.
Aujourd’hui, ils ont une cinquantaine d’élèves, dans une zone qui va de Châtillon sur Indre à Saint Gaultier, et qui déborde même au sud sur le Limousin : une demi douzaine d’élèves dans le canton de Saint Sulpice les Feuilles ( Haute Vienne ) Ce qui représente quand même une bonne centaine de kilomètres du nord au sud. Et de sérieux problèmes d’intendance :« Nous demandons une somme dérisoire par élève et par mois, ce qui met l’heure de cours hebdomadaire à soixante francs. Le moins qu’on puisse dire est que ce n’est pas excessif. Mais les campagnes berrichonnes ne sont pas riches ».
Pour ce prix, un enseignement haut de gamme. Pierre NICOLAS est l’inventeur d’une méthode pédagogique particulière, et ses conseils à lui. Cela permet des progrès rapides et séduisant pour les élèves.
CONSERVATOIRE AMBULANT
Ce petit conservatoire ambulant en est encore au stade de l’artisanat précaire. Son problème, c’est de
passer au stade de l’institution. « Sans concession sur la qualité de l’enseignement, il n’y a aucune raison de servir n’importe quoi aux enfants sous prétexte qu’ils vivent à la campagne ».Pour vraiment vivre de leur travail, estiment Pierre NICOLAS et Yveline, il leur faudrait arriver à soixante dix élèves. Et élargir leur régistre : les enfants des écoles ne peuvent suivre leurs cours que tard dans l’après midi, le mercredi et le samedi. Et la demande est forte pour l’apprentissage de plusieurs autres instruments, la guitare et l’accordéon. Notamment de la part d’adultes et même de gens du troisième âge qui peuvent être séduits par la rapidité d’apprentissage que permet l’électronique. « Il ne s’agit pas pour eux de devenir des virtuoses, mais de découvrir le plaisir de jouer ».
C’est un problème de moyens. Et, bien que le couple NICOLAS répugne visiblement à en parler, un problème d’intendance.
De « Sponsoring », comme on dit maintenant. Le « MUSICOBUS » offre un service qui relève à l’évidence du service public. « Nous avons le
sentiment de nous être impliqués dans une initiative qui pourrait être généralisée ». Le problème est de savoir par quel canal. Associatif ? Municipal ? Départemental ? Peut être le tout à la fois ?Signature : Georges CHATAIN
Le 12 avril 1989, passage du Musicobus sur FR3.
Le 13 avril 1989, un article passe dans le journal La Marseillaise du Berry avec :
BALADINS DE LA CULTURE
LE MUSICOBUS ENTRE BERRY ET LIMOUSIN
Que ce soit le peintre ou le musicien, tous sont en quelque sorte des baladins de la culture.
Saint Sulpice les Feuilles, Haute Vienne, un petit groupe d’enfants et d’adolescents se rassemble place de la Mairie. C’est l’heure de la leçon de musique. Une école de musique à Saint Sulpice ? Dans cette bande, entre Limousin et Berry, que grignote d’année en année la désertification. Eh oui : une école itinérante, le « Musicobus » de Pierre NICOLAS.
Dans leur camion aménagé par eux mêmes, un piano, un orgue électrique, une table de travail, quelques posters de musiciens célèbres.
Chaque semaine, de leur domicile de Chaillac, où ils habitent depuis qu’ils ont quitté Paris, où Pierre NICOLAS était musicien de studio et arrangeur ( le show-business, je ne supportais plus ) ils prennent la route, pour retrouver leurs élèves. Les plus au sud sont donc en Limousin, Saint Sulpice les Feuilles, les Grands Chézeaux, les plus au nord à Châtillon sur Indre, à la frontière de la Touraine. Une cinquantaine d’élèves au total. « Pour que le Musicobus arrive à sa pleine utilité, il en faudrait soixante dix ». Pour amener le camion dans un village, il faudrait y avoir six élèves. Mais Pierre et Yveline se déplacent à partir de trois demandes au même lieu : « Il faut bien amorcer ». L’amorce se fait par bouche à oreille, ça vient peu à peu. Car malgré le côté saltimbanque de leur affaire, ce sont des musiciens chevronnés. Pierre NICOLAS a fait ses études musicales à la Schola Cantorum – Un sommet – il a
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